Discriminations liées à l'origine : les jeunes en première ligne

Le rapport Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine, publié le 26 février par le Défenseur des droits, met en évidence une réalité préoccupante : les jeunes âgés de 15 à 26 ans sont fortement exposés à des discriminations, en particulier les jeunes immigrés, perçus comme « étrangers » ou d’origine d’outre-mer.
Ces discriminations se manifestent dans tous les domaines de leur vie quotidienne : à l’école, dans le monde du travail, dans l’accès au logement, aux soins, aux loisirs, mais aussi dans leurs relations avec la police. Le constat est sans appel : aucun espace n’est véritablement épargné.
Des discriminations systémiques
Le rapport souligne que ces discriminations ne sont ni isolées ni ponctuelles. Au contraire, elles se cumulent et s’inscrivent dans la durée, contribuant à renforcer des inégalités structurelles. Elles ne relèvent donc pas uniquement de comportements individuels, mais s’ancrent dans des mécanismes systémiques plus larges.
L’école n’est pas épargnée
Comme le rappelle le rapport Jeunesses et discriminations fondées sur l’origine : répondre à l’impératif d’égalité du Défenseur des droits :
« Malgré un cadre légal et institutionnel qui interdit toute forme de discrimination, l’institution scolaire peine encore à reconnaître le phénomène discriminatoire dans toutes ses dimensions. »
Dès le plus jeune âge, à l’école, les enfants sont confrontés à des préjugés, à des situations de harcèlement, à des formes de ségrégation scolaire ou encore à des orientations défavorables. Le rapport salue la publication du vademecum du ministère de l’Éducation nationale sur la prévention des discriminations. Toutefois, il souligne que ce document se concentre principalement sur les comportements entre élèves, laissant en grande partie dans l’ombre ceux pouvant émaner des adultes, notamment des professionnels de l’éducation.
Ces premières expériences ne sont pas sans conséquences : elles influencent durablement les parcours des jeunes, en conditionnant leur accès aux études supérieures, puis à l’insertion et à l’emploi.
L’emploi : un besoin de formation renforcé
Le rapport insiste sur l’importance de la formation comme levier essentiel pour prévenir et combattre les discriminations, en particulier celles liées à l’origine supposée ou réelle. Dans le domaine de l’emploi, celles-ci se manifestent à toutes les étapes du parcours professionnel : dès la recherche d’emploi, dans les opportunités d’évolution, jusqu’à l’accès aux droits. De nombreux testings réalisés dans ce domaine mettent en évidence un phénomène largement répandu à l’échelle nationale.
Le logement : un domaine où les discriminations sont bien connues
Les jeunes issus de l’immigration, ou perçus comme tels, souvent originaires de milieux modestes, font face à des discriminations importantes sur le marché du logement. L’ampleur de ce phénomène est régulièrement confirmée par les études menées ces dernières années.
Effets sur la vie quotidienne et la santé
Ces inégalités et discriminations systémiques constituent des freins durables dans leurs trajectoires. Elles dégradent leurs conditions de vie, notamment en matière de logement et de santé, et affectent profondément leur santé mentale, en fragilisant la confiance en soi, en renforçant le sentiment d’injustice et en favorisant des troubles tels que la dépression.
Enfin, les jeunes sont confrontés à des discriminations liées à l’origine dans de nombreux domaines et situations. Le Défenseur des droits rappelle que ces discriminations constituent non seulement une atteinte aux droits fondamentaux des individus, mais aussi un frein à la cohésion sociale.
Le non-recours au droit est préoccupant
Les derniers rapports du Défenseur des droits alertent de plus en plus sur cette réalité préoccupante : les victimes ne font pas valoir leurs droits. Celles-ci, en particulier les jeunes (15-26 ans), renoncent fréquemment à signaler les discriminations, les propos ou les actes racistes qu’elles subissent. Ce non-recours pourrait notamment s’expliquer par :
- Les mécanismes de résignation
- La méconnaissance des droits et structures permettant l’aide aux victimes et leur accompagnement
- La peur de représailles ou sanctions
- Le faible nombre de condamnations, …
Principales recommandations du Défenseur des droits
Le rapport formule des recommandations organisées autour de trois axes principaux :
- Mieux mesurer, signaler et reconnaître les discriminations (testing, statistiques ethniques sous contrôle, formation des professionnels).
- Déployer une politique publique intégrée et interministérielle de lutte contre les discriminations, articulée avec les politiques jeunesses et le Plan national de lutte contre le racisme et la discrimination (Prado).
- Assurer l’effectivité des droits : faciliter les recours, renforcer les dispositifs de signalement des discriminations dans les structures publiques et privées.
Parmi ces propositions, le Défenseur des droits met en avant deux recommandations concrètes :
- Garantir la non-discrimination dans l’accès aux stages ou à l’alternance par la double responsabilité des employeurs et de l’institution scolaire ou universitaire et assurer un accompagnement individuel pour l’obtention d’un stage ou d’apprentissage ;
- Mettre en place un dispositif d’évaluation de la pratique des contrôles d’identité, assurer leur traçabilité et supprimer le terme « indésirables » de tout logiciel ou document de la police nationale. »
Mis à jour le 24/06/2026
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