Une enquête d’envergure nationale pour mieux comprendre les pratiques des habitants des QPV et leur usage des équipements
Des équipements moins diversifiés qui restreignent le champ des possibles
Cette étude s’appuie sur l'Enquête nationale sur les pratiques physiques et sportives de 2020 qui montre que 78 % des habitants QPV déclarent avoir exercé au moins une activité physique ou sportive (APS) dans l’année (vs 88 % en milieu urbain hors QPV). Parmi les freins à la pratique sportive, 42 % des résidents des QPV citent une offre trop restreinte contre 33 % hors QPV. En effet, l'exploitation de la base permanente des équipements (BPE) de l'INSEE montre notamment que l’offre d’équipements y est moins diversifiée :
- près de 90 % des QPV, tout comme les autres quartiers des unités urbaines de l’hexagone, disposent d’au moins une salle multisports ;
- l’offre d’équipements y est moins diversifiée : plus de 45 % des équipements situés en QPV correspondent à des plateaux et terrains de jeux extérieurs et à des salles multisports ;
- l’accessibilité aux équipements est plus rapide dans les QPV (99 % à moins de 15 minutes) que dans les autres quartiers (90 %). Cette base exhaustive donne un panorama de l’ensemble du territoire avec une déclinaison possible selon les profils par âge de la population des quartiers. En revanche, ces données ne donnent pas d’information sur la capacité d’accueil, les heures d’ouverture, l’état des équipements ni leur fréquentation. Malgré un taux d’équipement élevé dans les QPV, le ressenti exprimé lors de l’enquête ENPPS 2020 d’une offre trop restreinte peut s’expliquer par une moindre diversité et des conditions d’accès parfois limitées.
Quelle que soit la nature de l’équipement, une accessibilité géographique ne garantit pas un accès réel. En effet, d’autres éléments organisationnels peuvent limiter la pratique sportive, tels que le coût, les horaires d’ouverture ou encore la disponibilité des infrastructures, voire la présence de professionnels encadrant la pratique.
En somme, l’offre sportive des QPV se caractérise par une présence généralisée d’équipements polyvalents et accessibles, mais reste moins diversifiée que celle des autres quartiers urbains, notamment pour les sports individuels et les pratiques liées au sport-santé. Cette orientation interroge les conditions d’accès des habitants des QPV à des activités plus spécialisées ou diversifiées, qui peuvent contribuer à des enjeux de santé publique et de mixité sociale.
Retrouvez l'étude complète ici [1]
Des pratiques sportives disparates et inégalitaires
En 2020, d’après l’ENPPS, 78 % des résidents en QPV (vs 88 % en milieu urbain hors QPV) déclarent avoir exercé au moins une activité physique ou sportive (APS) à des fins non utilitaires dans l’année. La pratique régulière (au moins une fois par semaine) concerne 61 % des résidents en QPV (vs 68 % en milieu urbain hors QPV). Au-delà d’un taux de pratique moins élevé, l’enquête ENPPS fait apparaître des disparités dans la nature et les modalités de pratiques et les motivations :
- En moyenne, un résident en QPV pratique 5 APS dans l’année contre 7 chez un résident hors QPV ;
- Les sports les plus pratiqués parmi les habitants des QPV font partie des univers de la gymnastique (musculation, gymnastique d’entretien) et de la course (course à pied, marche sportive) ;
- La pratique des sports collectifs est plus fréquente parmi les résidents des QPV ;
- La pratique d’une activité dans une infrastructure sportive est moins répandue parmi les jeunes femmes en QPV (67 % vs 84 % des jeunes hommes en QPV) que parmi les résidents hors QPV (82 % des jeunes femmes vs 86 % des hommes) ;
- Les résidents des QPV, vivant en milieu urbain, privilégient la pratique du sport en ville. Quasiment deux tiers des sportifs résidant en QPV ont pratiqué au moins une APS en ville au cours de l’année. Ils sont relativement moins nombreux à pratiquer dans un milieu naturel (57 %), surtout s’ils sont comparés à leurs homologues résidant hors d’un QPV (78 %);
- Environ 45 % des sportifs résidant en QPV ont réalisé au moins une APS à domicile dans l’année, une part plus faible que celle des résidents hors d’un QPV (53 %).
Une pratique sportive chez les femmes inégalitaire qui doit continuer de nous alerter
Les résultats de cette enquête permettent une nouvelle fois de constater les inégalités de pratiques sportives chez le public féminin. Des problématiques qui semblent s'exprimer à différents niveaux et en premier lieu sur la prise en compte du genre. Les défis à relever en matière de féminisation des fédérations sportives, de réduction des freins à la pratique dans l'espace public ou encore de promotion de l'activité physique auprès des filles et des femmes en quartiers prioritaires sont majeurs et nécessitent la collaboration et l'investissement des acteurs et actrices à différentes échelles d'intervention. La journée régionale de l'IREV initiée le 26 septembre 2025 a permis la rencontre d'une centaine de professionnels issus de divers champs d'activité (Politique de la Ville, sport, santé, égalité, éducation...) autour de cet enjeu commun.
Les tables rondes, expertises scientifiques et retours d'expériences qui ont rythmé cette journée ont permis aux participants et participantes de s'interroger sur les perspectives en matière de renforcement des politiques publiques visant à réduire les inégalités de genre dans la pratique sportive, notamment dans les quartiers prioritaires, mais également d'explorer en quoi une approche plus égalitaire de la fabrique de la ville est essentielle pour permettre aux filles et aux femmes de s’approprier pleinement les espaces et les équipements sportifs.
Dossier documentaire :
Quelles pratiques physiques et sportives féminines dans les quartiers de demain ? [2]
