Relation entre forces de l'ordre et population - Avis du CNV

Le Conseil National des Villes (CNV) a adopté un nouvel avis sur la relation entre les forces de l’ordre et la population en France.

Cet avis du Conseil National des Villes (CNV) est l’aboutissement d’un cycle de huit mois de réflexions autour des enjeux de la relation entre forces de l’ordre et population. Ce travail a réuni les 4 collèges du CNV (élus, acteurs économiques et sociaux, personnalités qualifiées, habitants), mais aussi des participants extérieurs au CNV : représentants de la police et de la gendarmerie, acteurs du renouvellement urbain, de la médiation sociale, habitants… Il a regroupé 43 participants à travers un grand nombre d’auditions.

Instance historique de la politique de la ville placée, le CNV, placé auprès du Premier Ministre, publie des avis et des recommandations ayant pour but de concourir à l’élaboration et à la mise en oeuvre de la politique de la ville. Cet avis sur la relation entre forces de l’ordre et population vise donc à dresser un état des lieux et à formuler des recommandations utiles et durables autour de cet enjeu.

 

Un état des lieux de la relation forces de l’ordre - population

Un enjeu majeur :

Le CNV souligne en premier lieu l’importance que la relation forces de l’ordre - population constitue pour l’élaboration de la politique de la ville. C’est un sujet central dans les quartiers prioritaires et Hélène Geoffroy, vice-présidente du CNV, souligne le double défi que cette question présente : il convient de réfléchir d’une part à «la défiance, notamment des jeunes, vis-à-vis de la police» et d’autre part à «la demande de police par les habitants, face aux difficultés du quotidien». L’avis indique que les relations entre forces de l’ordre et population «sont souvent marquées par la tension, l’incompréhension et parfois la confrontation alors même qu’une des priorités des habitants est une demande forte de sécurité et de tranquillité publique».

Le CNV rappelle que le droit à la sécurité est un droit fondamental, l’article 2 de la DDHC de 1789 le plaçant parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme au même titre que la liberté, la propriété et la résistance à l’oppression. Les missions des forces de l’ordre incluant la protection de la sécurité des citoyens, il est donc essentiel de s’interroger sur la relation que la population peut avoir avec les forces de l’ordre.

Notons que le CNV précise ce qu’il entend par le terme de «forces de l’ordre» : «Les forces de l’ordre désignent des agents de l’autorité chargés de faire régner l’ordre public et de faire appliquer la loi et sont composées principalement de la police nationale et de la gendarmerie. Leur rôle inclut la prévention des crimes, l’intervention lors de troubles, et l’enquête sur les infractions, tout en assurant la protection des citoyens. Les forces de l’ordre symbolisent l’autorité de l’État et jouent un rôle clé dans le maintien de l’ordre démocratique et la protection des libertés publiques.»

Une relation de défiance

Le Conseil National des Villes indique un manque de confiance voire une défiance dans le regard que la population a sur les forces de l’ordre. Le CNV appuie son propos sur l’enquête du Défenseur des Droits de 2024 sur les relations police-population. Cette enquête montre en effet que 22% des personnes interrogées déclarent se sentir méfiante ou inquiète en présence d’un policier ou d’un gendarme sur la voie publique. Le CNV cite dans cette même idée le rapport de la Fédération nationale des centres sociaux de socioculturels de France (FCSF) et des centres de ressources politique de la ville intitulé «Se sentir en (in)sécurité dans les quartiers populaires» (2025).

L’enquête du Défenseur des Droits indique qu’il semblerait exister un lien entre cette défiance et les situations vécues par certaines populations : les pratiques discriminantes lors de contrôle de police ou le refus de prendre certains dépôts de plainte peuvent par exemple être à l’origine de cette défiance. Les contrôles d’identité à caractère répétitif et stigmatisant certaines populations sont également mis en cause. Face à ce constat, le CNV indique : «Considérant que l’une des missions principales des forces de l’ordre relève d’actions de prévention et de sécurité en proximité, ce niveau de confiance n’est pas satisfaisant».

D’autre part, le CNV souligne un enjeu spécifique autour de la relation entre les jeunes populations et les forces de l’ordre. Cette relation est marquée par un sentiment de défiance important qui là encore pourrait être lié à des vécus de ces populations : les jeunes garçons, notamment dans les quartiers prioritaires, sont par exemple particulièrement concernés par les contrôles d’identité répétitifs. Par ailleurs, l’avis précise que «la méfiance voire la défiance des jeunes envers les forces de l’ordre se construit souvent dès l’adolescence, mais on observe aujourd’hui une évolution notable : avec des jeunes de plus en plus jeunes». Face à ce constat, il conviendrait d’interroger le rapport de la police avec les jeunes, mais aussi la place des institutions, des acteurs éducatifs et des familles face à cet enjeu.

Bonnes pratiques et initiatives inspirantes

L’avis du CNV met également en lumière différentes bonnes pratiques en termes de relation de forces de l’ordre à la population. Il cite par exemple la mission des «officiers de prévention», créés en 2025 dans chaque circonscription de police nationale. Ces derniers jouent un rôle essentiel dans l’explication des règles, règlements et lois aux populations et dans le travail de sensibilisation au quotidien sur divers enjeux (cyber, cambriolage, addictions…). Dans cette même idée, la création des «groupes de partenariat opérationnels» (GPO) est citée comme une réussite par l’avis du CNV. Les GPO ont pour objectif de mieux répondre aux attentes des citoyens sur certains problèmes de sécurité du quotidien (rodéos urbains, occupations de halls d’immeubles…) en réunissant différents acteurs (polices nationale et municipale, bailleurs, Education Nationale, associations…). L’avis du CNV indique que «le GPO constitue une des instances dans laquelle se nouent des liens privilégiés entre la police nationale, la population et l’ensemble des partenaires locaux du continuum de sécurité».

Enfin, certaines initiatives locales sont mises en exergue car elles pourraient être essaimées dans d’autres territoires. Ainsi, la gendarmerie du Val d’Oise a par exemple développé une action appelée «Un café pour un gendarme» qui permet aux habitants de venir discuter pendant 2-3h avec des gendarmes au sein d’un espace mis à disposition par la municipalité ou un commerçant, pour aborder des problèmes de sécurité du quotidien. L’avis du CNV encourage la multiplication de ce type d’initiative permettant le dialogue entre police et population et la découverte par les habitants des différentes fonctions des forces de l’ordre, qui vont au-delà du répressif.

Vous pouvez consulter l’avis complet du Conseil National des Villes ci-dessous : 

CNV (2025) - Avis De la défiance à la confiance, vers une nouvelle culture de la relations force de l'ordre-population

Mis à jour le 10/07/2026

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